La Casamance est cette région du Sénégal, séparée du reste du pays par la Gambie, dont le nom est associé depuis les années 1980 à l'un des conflits les plus anciens d'Afrique de l'Ouest. Malgré des décennies de tentatives de résolution, une paix complète et définitive reste à construire. Mais les dynamiques ont changé : la société civile est désormais au premier rang du processus, portant des initiatives de réconciliation que les seules négociations diplomatiques n'avaient pas pu produire.
1.1 Les origines du mouvement indépendantiste
Le conflit casamançais trouve ses origines dans les années 1980, lorsque des revendications d’autonomie voire d’indépendance émergent dans cette région naturellement distincte du reste du Sénégal. Le Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (MFDC) se constitue comme force politique puis armée, articulant des griefs historiques, identitaires et économiques.
Les racines du conflit sont multidimensionnelles :
- Sentiment de marginalisation économique de la région par rapport à Dakar
- Identité culturelle forte des populations Diola, distincte du Nord du Sénégal
- Histoire coloniale complexe — la Casamance a été administrée différemment sous le régime français
- Ressources naturelles et foncières (forêts, terres agricoles) sources de tensions
1.2 Les phases du conflit (1982-2012)
Le conflit a traversé plusieurs phases d’intensité variable :
- 1982-1990 : Phase politique — manifestations, répression, premières violences
- 1990-1998 : Escalade armée — affrontements entre armée sénégalaise et combattants MFDC
- 1998-2003 : Premiers accords de paix, fragiles et non consolidés
- 2003-2012 : Conflit de basse intensité — accalmies entrecoupées d’incidents
- 2012-présent : Baisse significative des violences, montée en puissance des initiatives civiles
1.3 Les conséquences humaines du conflit

Le bilan humain et social du conflit casamançais est lourd :
- Des milliers de déplacés internes et réfugiés en Gambie et Guinée-Bissau
- Des milliers de mines antipersonnel dans les zones forestières
- Un ralentissement du développement économique régional
- Un tissu social fragmenté entre communautés
- Une génération de jeunes ayant grandi dans l’insécurité
2. Les enjeux actuels du processus de paix
2.1 Une paix fragile mais réelle
Depuis le début des années 2010, la situation sécuritaire en Casamance s’est globalement améliorée. Les grandes offensives armées sont rares. Des espaces de vie normale ont été restaurés dans beaucoup de villages. Mais cette accalmie ne signifie pas que la paix est acquise.
Les enjeux demeurent nombreux :
- Persistance de cellules armées fragmentées du MFDC dans les forêts
- Non-résolution des questions de fond (gouvernance, développement, identité)
- Présence de mines et d’armes non récupérées
- Réconciliation inachevée entre communautés
- Retour difficile des déplacés dans leurs villages d’origine
2.2 Le défi de la réconciliation sociale
Au-delà de la cessation des hostilités, le véritable défi est la réconciliation sociale. Des décennies de conflit ont laissé des blessures profondes : méfiances entre voisins, familles divisées, traumatismes non traités. C’est précisément ici que la société civile joue un rôle irremplaçable, là où les outils diplomatiques classiques ont montré leurs limites.
2.3 Développement et paix : une équation indissociable

La pérennisation de la paix en Casamance passe nécessairement par un développement économique inclusif de la région. Les frustrations liées au chômage des jeunes, aux inégalités de développement et à l’accès aux ressources constituent un terreau fertile pour les tensions. Une paix sans développement reste une paix fragile.
3. Les acteurs du processus de paix
3.1 Les acteurs institutionnels
Le processus de paix implique plusieurs catégories d’acteurs institutionnels :
- Gouvernement du Sénégal — partie prenante principale, responsable des négociations avec le MFDC
- MFDC — Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance, interlocuteur armé, aujourd’hui très fragmenté
- Armée sénégalaise — présence maintenue dans la région, opérations de déminage
- Collectivités locales — maires et conseils régionaux, acteurs de proximité du développement
- Institutions religieuses — imams et prêtres jouant un rôle de médiation informelle
3.2 Les acteurs sous-régionaux et internationaux
- Gambie et Guinée-Bissau — pays voisins concernés par les flux de réfugiés et les corridors armés
- CEDEAO — Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest, médiateur potentiel
- Union Africaine — cadre de référence normatif
- Nations Unies — présence et soutien via diverses agences (PNUD, HCR, UNICEF)
- ONG internationales — appui technique et financier aux initiatives de paix
3.3 La société civile : un acteur clé
La société civile casamançaise a progressivement émergé comme un acteur indispensable du processus de paix, là où les négociations formelles ont montré leurs limites. Sa force : la légitimité communautaire, la présence sur le terrain, la flexibilité d’action et la capacité à créer des espaces de dialogue informels mais efficaces.
C’est dans ce contexte que la COSCPAC joue un rôle stratégique de coordination.
4. Le rôle de la société civile dans la paix en Casamance
4.1 Pourquoi la société civile est irremplaçable
Les négociations de paix formelles entre gouvernement et MFDC ont produit plusieurs accords depuis les années 1990. Aucun n’a tenu. La raison principale : ces accords ont été conclus par des élites sans ancrage suffisant dans les communautés. La société civile apporte ce que les diplomates ne peuvent pas : la confiance des populations.
Les atouts spécifiques de la société civile dans le processus de paix :
- Accès aux zones reculées où les institutions étatiques ont peu de présence
- Légitimité auprès des populations locales
- Capacité à travailler avec toutes les parties sans etiquette politique
- Connaissance fine des dynamiques locales et des tensions
- Rapidité d’intervention dans les situations de crise
- Mémoire institutionnelle des initiatives précédentes
4.2 Les initiatives phares de la société civile
- Comités de paix villageois — instances locales de prévention et de résolution des conflits
- Caravanes de paix — tournées itinérantes de sensibilisation dans les zones reculées
- Forums intercommunautaires — espaces de dialogue entre communautés en conflit
- Programmes de réintégration — accueil et accompagnement des ex-combattants
- Actions symboliques — cérémonies de réconciliation, flamme pour la paix
- Documentation — collecte de témoignages, mémoire du conflit
5. Le rôle spécifique de la COSCPAC
5.1 La COSCPAC comme coordinateur de la société civile
Dans un tissu associatif casamançais riche mais parfois éparpillé, la COSCPAC joue un rôle de coordination essentiel. Elle évite la duplication des efforts, mutualise les ressources et donne une voix collective plus forte aux organisations membres.
Concrètement, la COSCPAC :
- Cartographie et met en réseau les initiatives de paix
- Organise des concertations régulières entre organisations membres
- Partage les informations et les bonnes pratiques
- Représente la société civile dans les instances de dialogue formal
- Facilite l’accès aux financements pour les organisations membres
5.2 COSCPAC et Dynamique de Paix en Casamance
La COSCPAC travaille en étroite collaboration avec la Dynamique de Paix en Casamance et d’autres plateformes citoyennes. Cette alliance entre acteurs de la société civile renforce leur capacité à influer sur le processus de paix et à porter des solutions inclusives.
5.3 Nos engagements pour la paix

- Continuer à organiser des espaces de dialogue communautaire dans toutes les zones affectées
- Renforcer le réseau d’organisations membres et leur capacité d’action
- Documenter et valoriser les initiatives locales de réconciliation
- Plaider pour une relance des négociations de paix incluant la société civile
- Contribuer au processus de désarmement et de déminage
- Promouvoir une approche de développement intégré post-conflit

